Les personnes âgées entre les deux rives, regards croisés en France et en Algérie : Approche psycho-socio-anthropologique

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Familles, femmes, enfance et personnes âgées et la question de la solidarité
Mots-clés : Algérie France personne agée qualité de vie retraité santé

Problématique

L’Algérie tout comme le Maghreb et même l’Afrique ont des taux de séniors bien loin des taux de plus de 20% de seniors des pays occidentaux et même asiatiques tels que le Japon (23%), mais leur population âgée de plus de 60 ans augmente inexorablement et se situe entre sept et dix pour cent. Avec cette augmentation, ces pays ont à faire face à trois transitions :

1) une transition démographique car la baisse de la fécondité et l’augmentation de l’espérance de vie entrainent une baisse du nombre de personnes susceptibles de prendre en charge les séniors ce qui exige de nouveaux aménagements;

2) une transition épidémiologique : comme les personnes vivent plus longtemps (selon l’ONS, l’espérance de vie en Algérie gravite autour de 76 ans), l’Algérie devra donc faire face à de nouvelles maladies (sénescence, troubles neurologiques, maladies chroniques, besoins en soins spécialisés, soins palliatifs, fin de vie, etc.) ;

3) enfin, une transition développementale de la notion de sénior dans la mesure où ce qui était considéré comme ‘vieux’ il y a quelques décennies est bien plus nuancé aujourd’hui, d’abord parce qu’on vit plus vieux et en bonne santé et parce que les séniors eux-mêmes revendiquent leur « seconde jeunesse », ils sont plus attentifs à leurs besoins personnels et à leur bien-être.

Les changements sociaux, spatiaux, familiaux et économiques ne s’opèrent pas toujours à l’avantage des séniors. Sur le plan économique, si les personnes âgées qui ont travaillé dans des institutions ont une retraite qui, tant bien que mal, leur permet de vivre décemment ; beaucoup ont travaillé dans l’agriculture, dans l’artisanat, dans l’informel et se trouve fort démunis à la troisième étape de leur vie qui peut être presque aussi longue que les autres étapes, compte tenu de la longévité et de l’espérance de vie qui dépasse les soixante-quinze ans comme nous l’avons montré plus haut. Sur le plan socio familial, le nombre restreint d’enfants réduit les personnes susceptibles de prendre en charge la personne âgée en cas de maladie et de dépendance ce qui va poser l’éventualité du placement en institution. L’environnement socioreligieux impose parfois aux enfants de cohabiter avec les parents même quand ces derniers ne le désirent pas « je ne laisserai pas mon/mes parents seuls ». Sur le plan spatial plusieurs écueils se posent : la question de l’exiguïté de l’espace habité pour certains, la question de son extensibilité pour d’autres (les enfants préfèrent habiter seuls, ce qui laissent les parents âgées seuls dans des maisons trop grandes, budgétivores, et difficiles à entretenir que ce soit pour les séniors d’ici ou pour les séniors de l’autre rive (les binationaux à la retraite qui ont construit des maisons qu’ils occupent de façon sporadique, régulière ou non).

Ainsi les séniors augmentent en nombre et leurs besoins en lien social, en soins, en santé, en loisirs, en distraction et occupation augmentent d’autant plus que rien n’a été prévu pour eux dans plusieurs de ces domaines. Ces éléments montrent la complexité de la situation des séniors qu’ils soient en Algérie ou en France.

Ce premier projet vise à ébaucher la problématique des personnes âgées, à instaurer progressivement un champ de réflexion et de recherche qui apporterait des éléments de connaissance de cette tranche d’âges et à enrichir le pôle de recherche de la division. Il s’agit d’une approche plus psycho-anthropologique qui va tenter de déblayer le terrain, de poser les jalons pour une recherche plus large. Comment vivent-ils leur condition, comment ont-ils organisé leur retraite, comment se vivent les migrants entre les deux rives ? Les personnes âgées sont parfois maltraitées, minorisées, elles peuvent être elles-mêmes surpuissantes, maltraitantes. Comment organisent-ils leur vie entre leurs enfants, petits-enfants, leurs brus et gendres ? Quelle place se réservent-ils et quelle place leur est-elle laissée.

Notre ambition vise à mettre en lumière des trajectoires de vie singulières qui illustreraient cette tranche d’âges avec ses contradictions, ses coins d’ombre, ses joies et ses souffrances qu’ils soient ici ou là-bas comme l’exprime ci bien cette dame rencontrée dans l’avion « de toute façon, ici migri, et là-bas migri » ne nous sommes-nous pas dans l’approche de A. Sayad « la double peine ». Quelle place l’inquiétante étrangeté, étrangéité, esseulement : entre ici et là-bas, entre une maison et une autre (je passe six mois ici et six mois en France chez mon fils, je ne vais pas au Canada chez ma fille, il y fait trop froid).