Changement social, générations et valeurs en Algérie : étude socio-anthropologique dans la région d’Oran

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Jeunesse et inclusion sociale : emploi, formation et loisir
Mots-clés : changement social conflit générationnel culture générations inclusion sociale jeune Oran

Problématique

Les approches générationnelles soulignent l’importance d’étudier les groupes d’âge en raison des caractéristiques communes qui déterminent leurs orientations et leurs croyances. À partir de ces postulats, il est impossible d’envisager une société sans diversité culturelle ni pluralité de pratiques adaptées aux spécificités d’une génération ou d’un groupe d’âge donné. Des différences substantielles peuvent ainsi se former dans les visions du monde et dans les relations sociales, fondées sur un système de valeurs, de normes et de croyances.

Les sociologues classiques tels que Durkheim, Comte et Weber ont insisté sur l’importance et le rôle des valeurs dans la cohésion sociale. Les valeurs ont été considérées comme un fondement du contrôle social et une source d’évaluation des individus et de leurs interactions. Les études contemporaines sur les valeurs mettent également en évidence la question du conflit des valeurs, démontrant la permanence de ce que l’on appelle le « problème des valeurs ». Dès lors, l’étude de ce conflit ne peut se faire qu’à travers le concept de génération, chaque génération ayant une histoire qui, dans une certaine mesure, la distingue des autres.

Du point de vue démographique, le terme « génération » peut désigner un groupe d’âge né la même année. Toutefois, l’approche adoptée ici s’appuie sur une littérature théorique spécifique : il s’agit d’analyser le phénomène générationnel à travers des perspectives qui attribuent à la génération des caractéristiques générales et des traits culturels révélateurs d’un changement social d’une génération à l’autre.

Mannheim et Ortega figurent parmi les principaux théoriciens des générations au XXe siècle. Ils considèrent la génération comme le produit d’expériences communes liées à des événements historiques majeurs et à des transformations sociales rapides. Les membres d’une même génération partagent des orientations et des cadres de référence fondamentaux, sans nécessairement partager les mêmes opinions. « Une génération est un groupe d’âge né à une période relativement proche, appartenant à la même phase de la vie, conscient de ses spécificités, doté d’un sentiment de solidarité et mobilisé en vue du changement social et politique. » La distinction essentielle entre groupe d’âge et génération réside dans le fait que le premier constitue une catégorie sociale « en soi », caractérisée par des traits objectifs communs (âge, style de vie), tandis que la seconde est une catégorie sociale « pour soi », dotée d’une conscience sociale et participant activement au changement.

La question des valeurs suscite un intérêt renouvelé en sociologie depuis une vingtaine d’années, notamment à travers les travaux d’Attias-Donfut sur les relations intergénérationnelles et la catégorie des personnes âgées. L’approche est devenue de plus en plus sociodémographique en raison des mutations démographiques des sociétés modernes. L’amélioration des conditions sanitaires et sociales, conjuguée à la baisse de la mortalité, a transformé la structure sociale, permettant la coexistence de plusieurs générations sur une même période historique, ce qui accentue les différences de valeurs entre générations.

Notre étude du cas algérien s’appuie principalement sur le cadre conceptuel du World Values Survey, vaste programme d’enquêtes comparatives menées dans de nombreux pays. Elle s’inscrit également dans la continuité de travaux antérieurs, notamment le projet « Jeunesse » et la thèse de doctorat d’État du chercheur Azzi Farid. L’objectif est de mener une enquête de grande envergure afin de collecter des données empiriques permettant d’analyser les transformations et les conflits de valeurs dans la société algérienne.

La spécificité de la société algérienne réside dans les profondes mutations qu’elle a connues depuis le milieu du XXe siècle : guerre de libération, indépendance, projet de développement et construction nationale, événements d’Octobre 1988, ouverture politique et économique, crises politiques et montée de la violence. Chaque décennie a été marquée par des événements majeurs ayant laissé des empreintes profondes sur l’histoire contemporaine du pays. Ces transformations, parfois pacifiques, parfois violentes (notamment la guerre de libération et les années 1990), ont affecté durablement la structure sociale et culturelle.

Ces mutations ont généré des divergences dans les représentations sociales et ont nourri des tensions et conflits de valeurs. Afin d’analyser cette problématique, l’étude s’articule autour de six axes :Générations, démocratie et valeurs politiques : analyser l’impact des transformations politiques sur les différentes classes d’âge à travers leurs systèmes de valeurs.Valeurs économiques chez les jeunes : étudier le passage d’une économie planifiée à une économie de marché et ses effets sur les générations concernées.Valeurs religieuses et conflit générationnel : examiner les divergences d’interprétation de l’islam entre groupes d’âge.Générations et valeurs sociales et culturelles : analyser l’effet des mutations sociales, technologiques et de la mondialisation sur les valeurs intergénérationnelles.Valeurs urbaines chez les jeunes : étudier l’impact de la mobilité étudiante vers la ville d’Oran sur l’acquisition de nouvelles valeurs urbaines.Générations et valeurs du travail : analyser les représentations du travail dans un contexte de transformations économiques et leurs effets sur les différentes générations.